« Tout est enfin prêt. Bientôt ce sera fini. » Au milieu de la pièce, le jeune homme colla un bloc rectangulaire de plastique le long du boitier de l’ordinateur. Il se tenait au milieu d’un bordel sans nom, à sa droite des pile de papier, compte-rendu d’expérience, rapport, synthèse, analyse et à sa gauche, sur et sous le meuble informatique, des piles de revus scientifiques, des livres, etc. Il laissa tomber sa grande carcasse dans le fauteuil, puis regarda par la fenêtre du bureau avec ces yeux rouges. A travers celle-ci, malgré la nuit et l’absence de lumière, il avait une vue parfaite de la cour centrale du Pentagone. Il s’accorda un peu de temps afin d’être sûr de lui. Il leva sa main au niveau de son visage, contemplant ses longs ongles semblable à du verre. Puis d’un geste rapide, il dégagea sa tête de la capuche qui la couvrait, laissant apparaître ses oreilles fines et pointues. « J’ai soif. », pensa-t-il. Instinctivement, il passa sa langue sur ses longs crocs, preuve de sa différence. Il se remémora les événements des dernières semaines, cherchant dans ses souvenirs les raisons de sa situation actuelle.
Le soleil se levait sur Big Appel, la grande pomme comme aimait à appeler leur ville les newyorkais. Mais tous savait que ces rayons n’atteignaient jamais certains quartiers. C’était dans l’un d’eux qu’il vivait avec sa mère, une de ces rues sombres pleine d’ordures et de cartons d’SDF. La vie n’y était pas si difficile, pour celui qui, comme lui, était née dans un tas de neige, entre deux voitures, d’une mère junkie et prostituée occasionnelle. Son monde était fait de drogues, de vols, de meurtres.
« C’était l’bon temps », murmura-t-il en allumant une clope.
Un jour, alors que sa mère était plus clean qu’à l’accoutumé, elle lui révéla qu’elle aurait du le tuer à sa naissance. Qu’elle avait été payée pour porter un enfant par un laboratoire militaire. Mais, en comprenant le sort qui leur était réservé, elle avait préféré fuir. Seize ans plus tard, elle mourut, tuée par ces militaires qu’elle avait fuis. Ils étaient venus chercher l’enfant. Autant, ses petites différences physiques ne faisaient pas de différence, par temps ordinaires. Autant, avec une prime de dix milles dollars en petites coupures, tout le monde se rappela de qui les avaient.
Pour lui, la fuite devint vite son nouveau mode de vie. Il avait échappé au commando en se découvrant une force et une agilité extraordinaire. La Soif aussi, il la connut pour la première fois ce soir là. Bien entendu, aucun journal ne parla des douze marines découverts exsangues dans un squatte. Par contre, tous faisait leur gros titre sur le sérial killer accusé du meurtre d’une dizaine de gamine et dont la chasse à l’homme venait d’être lancée.
Ainsi commença sa descente en enfer.
Tiraillé par sa Soif, pourchassé par toutes les polices du pays, il ne pouvait plus compter sur personne. Dans les affaires de sa mère, il avait quand même réussit à trouver l’adresse du laboratoire où avait eu lieu l’insémination artificielle : l’hôpital militaire à Portland. Y aller n’avait pas été des plus difficiles mais éviter que ces poursuivants ne le sachent avait été d’un tout autre niveau. Surtout quand vos canines se plantaient plusieurs fois par semaine dans le cou d’inconnu. Il n’avait pas seulement soif de sang, il voulait savoir ce qu’il était et surtout comment empêcher qu’il y en ait d’autre. Grâce à cette détermination sans faille, et aussi avec ces capacités qui s’affinaient de plus en plus, il partie vers sa mort qu’il savait inexorable. S’il fut étonné de pouvoir voir dans une pièce noire comme en plein jour, il ne l’était plus depuis longtemps quand il remarqua que ces ongles pouvaient découper le verre comme un diamant. Echapper aux gardes, se déplacer sans bruit, rien n’était plus facile pour lui. Une fois la salle des archives de l’hôpital atteintes, il ne lui fallut pas longtemps pour trouver le nom du chercheur à la tête du projet. Il aurait du s’en douter, toutes les informations étaient dans un bureau au Pentagone. Il mit le feu à tous les documents le concernant et disparut pour préparer sa visite de l’état-major américain.
« Oui, ma décision est prise depuis bien longtemps déjà. Les explosifs sont en place, tous sera fini en moins d’une seconde. » Il tira une dernière latte sur sa blonde et l’écrasa dans le cendrier. Il allait tendre la main vers la télécommande à coté de lui quand il entendit le sifflement caractéristique d’une balle tirée à travers un silencieux. Son visage afficha une expression d’horreur en comprenant la conséquence de la seringue qui venait de se planter dans son épaule, après avoir brisée la fenêtre. « Attrapé. »
Dans une pièce sombre, de l’autre coté de la cour, un colonel lançait ses ordres à travers son micro-casque, une paire de jumelle infrarouge devant les yeux. « Dépêchez-vous ! Même avec une dose pour éléphant, on ne sait pas quand il va reprendre connaissance. »
Un quart d’heure plus tard, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le président des Etats-Unis d’Amérique écoutait le rapport du colonel au téléphone.
« Oui, monsieur, je vous confirme que la cible a bien été mise en sécurité et qu’elle est déjà en route pour le Nevada. Non, elle est maintenue dans un coma artificiel par mesure de sécurité. »
Quand il raccrocha, l’homme le plus puissant de la planète souriait. Les recherches pour créer le soldat ultime allait pouvoir reprendre. Puis il se pencha sur le projet de loi qu’il devait présenter au Sénat le lendemain. Sur le dossier, le titre indiquait en lettre capitale :
Moratoire sur la Manipulation et la Modification du Génome Humain
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